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De Copenhague à Cork

Du 2 juin 18 juillet 2016

Wir fahren nach Paris!

Publication : 28 juin 2016

A l’heure où je vous parle aujourd’hui, il ne reste plus que deux pays à visiter (ou quatre nations), déjà ! Les jours défilent et le temps se compte de plus en plus précisément. Cela ne me laisse guère le temps pour prendre du recul sur les derniers pays que je parcours.

Alors pour ne rien manquer, il ne me reste plus qu’à conter mon quotidien et essayer de faire vivre les derniers instants de ce long voyage. Dans un premier temps retour sur ce mois de juin, de Copenhague à Bruges :

 

La fin approche, les jours sont comptés et « el tempo vola ». Le soleil a décidé de s’octroyer le mois de mai et le relief est plat, le bon moment pour se lancer un nouveau défi : Copenhague – Amsterdam en 8 jours ? allez, soyons fou !

En un jour et demi après avoir de nouveau traversé la mer baltique, je débarque chez les germains. Bienvenue dans le pays de la bratwürst, des bretzels, du curryketchup et de la Weissbier !

Le défi n’est pas mince, mais possible. Pendant huit jours on s’enferme dans une bulle laissant toute place à la concentration. Tout est quasi planifié à l’avance, la petite rature est autorisée mais la moindre faute intolérable, rien ne doit venir parasiter. On avale les kilomètres sans y penser comme on enfile les pâtes sans hésiter. On règle son rythme biologique, levé 6 heures 30, fruits et barres de céréales la journée, chocolat pour le mental (petit pêcher mignon), dîner 18 heures et coucher 22 heures. Le rythme de vie allemand est parfait pour un sportif! Avant tout, la primauté est donnée aux sensations du corps qui, ça tombe bien, est en grande forme. Sur la route défilent des champs, des vaches, des maisons et fermes en brique rouges toujours, des moulins à vent dont ces nouveaux qui nous regardent du haut de leur tige et nous font apparaître l’invisible.

Le deuxième jour on atteint le calme paisible du lac de Bad Malente et le troisième jour la ville industrielle d’Hambourg. Hambourg, une ville qui assume pleinement la laideur de ses industries.

Hambourg a également un petit goût spécial. Dix ans plus tôt, ce fut la destination d’un voyage scolaire de lycée : souvenirs, souvenirs. Encore des souvenirs cachés aux quatre coins de l’Europe.

Il y a dix ans, c’était la coupe du monde en Allemagne, dans les rues on pouvait entendre « Wir fahren nach Berlin ! ». Une finale à Berlin qui a vu le magnifique coup de boule de Zidane. 

Aujourd’hui on peut entendre « Wir fahren nach Paris ! ». Les époques ont bien changé, 70 ans plus tôt, ce slogan n’aurait pas eu le même sens. Les Allemands suspendent les drapeaux aux fenêtres, l’étendard est levé, il est temps de montrer sa fierté nationale, de se rassembler autour de la Mannschaft et de les pousser jusqu’à la finale de l’Euro à Paris ! Vous l’aurez compris le mois de juin sera rythmé aux humeurs de l’Euro.

La guerre des nations aujourd’hui ne se fait plus sur un champ de bataille, mais sur un terrain de football. Chacun veut la victoire, on meurt sur le terrain, on se sacrifie pour le blason, on domine une nation, on admire des héros. La victoire de l’Euro exprime la domination d’une nation sur toutes les autres et rend les foules hystériques jusqu’à descendre dans les rues comme un jour de libération. Oui, les époques ont bien changé, aujourd'hui on boit une bière avec ses adversaires.

 

Fortsetzung folgt...

 

 

 

Le plat pays

Publication : 3 juillet 2016

Après être passé sous l’Elbe à Hambourg, traversé Brême et Lingen, on arrive aux portes du Pays-Bas. Aux pays des esprits libres, c’est le paradis du vélo. Au Pays-Bas, pas un endroit sans piste cyclable. Pas de piste cyclable sans issue (comme en Sicile). Dans ce mélange de longs canaux, de forêts, de villes, d’immenses plaines, on peut se balader partout tranquillement, l’esprit serein. Le vélo fait partie intégrante de leur culture, le plat pays y aide sûrement. Aux pays des esprits libres, tout est permis et le tabou n’a pas l’air existant. Enfin le tabou à l’air d’être le tabou de lui-même.

Enfin ! Après 780 kilomètres en huit jours et une journée de pause, je peux chanter sur mon fidèle destrier « sur le port d’Amsterdam », même si aujourd’hui, il n’y a plus de port. Et de faire une arrivée triomphante au stade olympique rejoindre mon hôte Sophie, une amie d’ESN (arrivée triomphante, c'est l'imaginaire qui parle ici). Grand hasard ! L’occasion de revoir la petite équipe d’ESN Montpellier en séjour ici, rares personnes que je croise deux fois sur le chemin.

Une semaine intensive qui permet d’avoir l’esprit serein pour le dernier mois et demi, ce petit défi laisse le temps de parcourir les prochains pays. Ouf!…

 

La victoire de la France sur la Roumanie lance l’Euro pour de bon et la Marseillaise retentit dans les rues d'Amsterdam. Toute l’Europe se rythme aux palpitations du football. Sauf pour nos amis hollandais, malheureusement pour eux.

 

Après cinq jours de repos à Amsterdam, il est temps de partir pour la Belgique et leurs Diables Rouges ! A la grande surprise il n’y a aucune trace qui marque la frontière entre la Belgique et le Pays-Bas. Juste une photo noir et blanc et une barrière lambda. Par contre, l’odeur des frites nous annoncent l'arrivée chez les Belges, bienvenu chez Hergé, au pays de la bonne bière !

Cette fois-ci je peux chanter « le plat pays » sur les terres de Brel.

 

Dans le pays où aucunes toitures se ressemblent, mauvaise nouvelle à Anvers : les transmissions me lâchent de nouveaux après l’Albanie. Qu’est-ce que je ne fais pas subir à mon fidèle destrier. Un mécanicien me répare ça pour un prix faramineux, mais je pu rejoindre Bruxelles accueilli par Aude et Arnaud, d’autres collègues d’ESN Belgique cette fois !

« Arf ces flamands… » me diront les Wallons, en m’expliquant que le mécanicien m’a entubé sur le prix.

La Belgique ne serait pas la Belgique, sans l’éternel guéguerre entre Wallons et Flamands. Bruxelles au cœur de l’Europe, doit non seulement résoudre les conflits des souverainistes nationaux dans l’Europe, mais aussi les conflits culturels au sein de son pays !

Mais bon, un bon match de football peut résoudre ça provisoirement. Sur l’écran géant à Mons, les belges, tous en rouges, se rassemblent sur la grand place pour regarder Belgique – Irlande avec de la Jupiler et des frites « que leurs grosses mains invitent. »

La célébration d’un but, les belges sautent de joie, les bières volent dans les airs colorés de fumigènes, les cartons reviennent en boomerang. Inutile de vous dire qu’il ne faut pas venir sur son trente-et-un. Ce n’est qu’un premier tour dira-t-on, mais pour le Belge ce n’est pas grave, l’important ce n’est pas le match, mais la fête et boire de la bonne bière !

 

Un dernier verre pour la route

Publication : 7 juillet 2016

23 juin, derniers instants à Bruges. « Dirty old town » résonne dans la cave sombre du pub. C’est l’heure. Il est temps de quitter le continent pour aller rendre visite aux British.

Après avoir affronter les pavés de Ghent et de Bruges, partons pour le port de Zeebrugges.

 

Comme pour chaque pays, une pincée de nostalgie et de fierté se mêle à l'humeur quotidienne. L’autre jour on me demande à juste titre : « Tu n’as pas envie de rester plus longtemps dans les villes ? » 

« Parfois si. » Lui dis-je. Mais l'objectif est toujours là, voir le plus d'Europe possible, alors on avance, sans regret.

 

Les derniers instants ont le droit à leur petite touche spéciale. Pour la Belgique, une dernière Trippel Karmeliet pour conclure la traversée. Un dernier verre et se faire un petit bilan du passé, savourer l’instant présent. Le temps d’avoir une dernière conversation avec des retraités flamands, profitant des quelques rayons de soleil à la terrasse du bord de mer de Zeebrugges.

 

17h30, il est temps d’embarquer pour le ferry. On laisse la Belgique derrière soi, go to England ! Le ferry à vélo est devenu une routine à force. De Valence à Ibiza, d’Ibiza à Barcelone, de Marseille à Porto Torres, De Cagliari à Palerme, de Tallinn à Helsinki, de Turku à Stockholm, de Nynäshman à Visby, de Visby à Oskarshamn, de Rodby à Puttgarden, c’est toujours la même histoire.  Hormis cette fois-ci, je ne suis pas le seul clanpin à vélo parmi les voitures. La valse des camions commence et ils s'enfoncent dans le ferry sans limite, comme un sac sans fond. De notre côté on embarque dans le pont et on se faufile parmi eux. Au débarquement, on fait sa place parmi les mastodontes et hop! C’est parti pour une nouvelle aventure.

 

07h00, Good Morning England, Goodbye UE. Hasard du calendrier, je débarque à Hull le matin des résultats du Brexit. Mon compagnon de cabine, originaire du Yorkshire, me sort le matin : « J’ai appelé ma femme et elle m’a dit que les Britanniques ont voté "leave". Je n’en reviens pas… ». On ne réalise pas vraiment, en effet. Ça veut dire quoi sortir de l’UE ? Personne ne sait encore. Libre à toute spéculation.

 

Laissons l’actualité de côté, il faut se concentrer sur les coutumes anglaises. Les Grands-Bretons ne font rien comme les autres. Tout d'abord trouver un endroit pour retirer des Livres Sterling, s’habituer aux multiples accents anglais, trouver un adaptateur pour les prises et surtout, rouler à gauche… Quelle angoisse le premier rond-point !

Mais bon, il faut toujours un premier pas. Un jour d'adaptation et tout roule.

 

Vingt-deux pays sont derrière moi dorénavant. Let's go to York, c’est parti pour un pays de plus ! Si mon vélo le veut bien...

 

 

Un dimanche à York

Publication : 8 juillet 2016

Dimanche 26 juin, 8:00 am, on se lève. Souvent, le rythme d’une journée se cale sur les horaires des auberges de jeunesse. Là c'est l’heure du petit-déjeuner ! Il faut compter au moins une bonne heure pour apprécier le repas, ce matin breakfast à l'anglaise : œufs brouillés, flageolets, pommes de terre, bacon, croissants, tartines, muesli, fruits et café. Rien que ça ! L'important est de remplir l’estomac car le prochain repas ne sera qu’à 18 heures.

9:00 am, c’est l’heure de la toilette, de faire une micro-sieste et d’empaqueter les affaires, la routine après dix mois.

10:00 am : check-out. On n’a plus qu’à charger la monture et s’envoler pour la prochaine étape : Whitby.

Mais depuis deux jours, un bruit au niveau des roulements me perturbe depuis Bruges. Une petite révision du vélo pour voir ce qui cloche. Les rayons de la roue arrières sont de nouveaux en mauvais état malgré les avoir réparés à Anvers une semaine plus tôt. Bien que je ne sois pas pour le travail le dimanche, le mécanicien qui ouvre à 11 heures aujourd’hui est fort utile.

En attendant le verdict, on traîne sur les parcs près de la rivière Ouse. Comme dans toute l'Europe, le dimanche matin les familles sont de sortie, les rares occasions de jouer avec ses enfants. Pendant ce temps les jeunes récupèrent de la fiesta de la veille. 

12:00 am, mauvaise nouvelle du jour, la roue arrière du vélo, après plus de 10 000 kilomètres, n’a pas survécu aux pavés de Ghent et Bruges. « On n’aura pas votre roue avant mercredi. Soit vous repartez avec votre roue en mauvaise état, soit demain matin tu peux aller voir un autre magasin savoir s'ils ont ce type de roue, ou soit on attend trois jours. »

Les neurones se mettent en ébullition. La roue arrière en mauvais état, on ne peut pas reporter le problème… Que faire ? Obligé d’annuler l’étape, il faut annuler la réservation de Whitby, espérer qu’il reste encore de la place dans l’auberge de York. Les jours sont comptés pour atteindre Cork en Irlande via l’Ecosse, car le billet du ferry est déjà acheté. Les deux plans établis la veille doivent être revus de A à Z, l’option train devient obligatoire ou alors on tire un trait sur l’Ecosse : « No ways ! ».

Dorénavant on sait que ce dernier mois (de trop ?) va faire exploser le budget, qui jusque-là rentrait dans les clous. Mais après dix mois à gérer les imprévus, on ne panique plus et on garde son calme pour choisir la meilleure option et surtout la moins stupide.

01:00 pm, l’essentiel est réglé : on sait où dormir, et l'option jusqu’à mercredi à York est possible.

Décidément le voyage réserve toujours des surprises, j'ai eu la connaissance de l'existence de cette ville une semaine auparavant, et me voilà aujourd'hui coincé là! Maintenant, que faire ?

Dans une ville sans repère, on essaie de se mettre aux coutumes locales et de se trouver des habitudes. A Catane, Mestre, Rijeka, Split, Vlorë ou encore Sofia, on repère son petit café, bar ou pub. On y revient tous les jours. Le premier jour on a juste un sourire réservé aux touristes et puis les jours d’après c’est un autre sourire, celui d’un visage reconnu. Ça y est, on est accepté parmi les autochtones. 

02:00 pm c’est l’heure de France – Irlande, tel un anglais, c’est l’occasion d’aller le voir au pub. Une irlandaise apparaît cinq minutes dans le bar, l’Irlande mené alors 1-0. Elle s’approche de moi au comptoir et me dit dans un accent incompréhensible « Whmeyou…. Génial, un but ….humdjeo… You know I’m Irish so… ». Je la regarde et lui dis avec un sourire « I’m french… ». « Oh sorry… ». Et le bar se met à rigoler. Il fallait qu’elle vienne parler au seul français de York. Qu’est-ce que fait un français dans ce pub ? Moi-même je ne sais pas…

Apprenant sur le coup que je suis français, la serveuse vient me parler : « Tu es français ? J’adore la France pour sa nourriture. » Aux éternels stéréotypes, pendant des mois les gens ne parlent que de manger dès que j'émets le mot "français", à croire qu'on ressemble à une tartiflette.

05:00 pm, l’heure de faire les courses, retourner à l’auberge, retrouver sa chambre (dont je n'avais plus accès après le check-out de ce matin…) et faire une bonne sieste. Le temps de ruminer sur les futurs plans : si l'autre boutique a la roue, ça ne décale que d'un jour, soyons prêt pour partir vers Whitby. Si non, aller direct à la gare demain pour voir si on peut prendre le train avec un vélo, ou faire de plus longues distances que prévues pour rattraper le retard, etc... 

07:00 pm, on a faim! L’heure du dîner. La flemme du cuisiner aujourd’hui, c’est l’occasion de profiter de la petite réduction que l’hôtesse d’accueil m’a accordé gentiment dans la journée (peut-être par pitié?) et manger un bon Fish and Chips à l’anglaise. L'occasion de replanifier les étapes jusqu'à Cork et de répondre à quelques mails.

11:00 pm l’heure de quelques étirements et de rejoindre la douce berceuse des ronflements des sept colocataires, mélangée à l'onctueuse odeur de pieds. Encore une journée bien remplie, il est temps de dormir car la suite ne sera pas de tout repos! Mais de quoi demain sera fait ?...

 

Du haut de leurs collines

Publication : 13 juillet 2016

Mercredi 29 juin, débarquement à Édimbourg ! Finalement, l’option train a été choisi pour aller de York en Écosse et rattraper le temps perdu. Peut-être un mal pour un bien, car la météo était fort exécrable pour rouler ces jours-ci. « L’été se termine… » Me sort ma voisine de train.

« - Déjà ?

- Arf oui, les plus beaux jours sont en mai et juin, le reste du temps, il pleut… C’est pour ça que nos paysages sont si vert ! »

C'est bien vrai. Le matin au lever, un écossais ne dira pas « il fait beau ce matin ! » mais « C’est bien, aujourd’hui il ne pleut pas ! » En regardant le ciel gris.

Le temps est fort imprévisible. Pas la peine de regarder la météo pour savoir si lendemain sera un temps idéal pour rouler. Dans tous les cas on aura de la pluie qui arrive d’on ne sait où, on ne sait comment… La douche écossaise porte bien son nom, en trente seconde on peut se retrouver littéralement trempé.

On n’est plus à une pluie près, le vélo renforcé, il est temps de s’enfoncer dans les collines verdoyantes, saluer les milliers de moutons sur la route. Depuis juin on croise beaucoup plus de cyclo-randonneurs sur le chemin. En haut d’une de ces collines, je croise un normand, Marc Richard. Allure décontractée en sandale, ce n’est pas n’importe quel cycliste : « Là je viens de dépasser 35 000 kilomètres. » A vrai dire avec mes 11 000, j’en suis très loin... Il venait juste de remonter l’Amérique Latine jusqu’au Canada et là, il arrivait d’Irlande. Rien que ça!

 

Bref, dans ces hautes collines, il est temps de partir à la rencontre des Écossais. Vous l’aurez deviné, ici on ne parle que du Brexit. En Angleterre c’est le silence radio lorsque les « news » de la télé parle du "Leave" : « Les Anglais ne vont pas faire leur fier pendant un moment. » Me dit un voisin de comptoir de York.

Les Écossais, eux, en sont bouleversés voire énervés. « Dans les nouvelles l’autre jour, un anglais dit : « si j’avais su que le "Leave" allait gagner, j’aurais voté "Remain". » Ces Anglais… » me raconte ma voisine de train, roulant des yeux.

Alors la fierté nationale revient aux avant-scènes, l’indépendance de l’Écosse est remise au goût du jour : « L’année dernière j’ai voté contre l’indépendance, mais aujourd’hui je voterai sans hésiter "Yes". » Dit un ami de Glasgow.

Réveil traumatisant, on peut encore voir les traces du "Leave" et les panneaux aux messages trompeurs dans les rues : « Chaque jour on paie 50 millions £ à l’Union Européenne. Gardons-les pour notre système de santé. »

Dans une conversation matinale, un Écossais nous dit : « Les "Leave" ont voté contre l’immigration surtout. Mais le Brexit ne changera rien, soyons clair avec ça. »

 

L’Écosse ayant voté à 70% "Remain", la séparation des deux pays est plus que probable. Le retour de William Wallace se fait sentir et du haut de leurs collines les Écossais soulèvent leur kilt afin de provoquer les Anglais.

 

Dans une éternelle lutte entre ces deux nations, on imagine les cornemuses résonner dans les collines au loin, laissant entendre ce fameux hymne "Flowers of Scotland" : 

 

« O Flower of Scotland

When will we see

Your like again,

That fought and died for

Your wee bit hill and glen,

And stood against him,

Proud Edward's Army

And sent him homeward

Tae think again. »*

 

Ô Fleur d'Écosse

Quand reverrons-nous

Tes semblables

Qui se sont battus et sont morts pour

Tes humbles collines et vallées,

Et se sont dressés contre lui,

L'armée du fier Edouard

Et l'ont renvoyé chez lui

Pour qu'il y réfléchisse à deux fois

 

Pour un dernier baroud

Publication : 23 septembre 2016

Deux mois déjà! Deux mois que je suis arrivé sur les terres bretonnes. Le vélo et la remorque sont rangés dans le garage, où les araignées prennent le temps d'y tisser leurs toiles.

Durant ce retour au pays qui fut intense, je n'ai pas pris le temps de vous partager mes derniers coups de pédales. Une fin remplie d'émotions à l'approche de l'étape ultime. Mais les sentiments se transforment avec le temps, alors je vous délivre mon récit tel qu’il était écrit à bord du ferry, lors de la dernière traversée, pour un dernier baroud :

 

« Début juillet, c’est l’heure du dernier acte : L’Irlande.

De Belfast à Cork, un dernier baroud pour la forme. Les derniers affronts aux vents, les dernières gouttes de pluie qui réveillent, les derniers rayons de soleil qui réjouissent. Vers Annagassan, on retrouve les marées basses, les signaux de la Bretagne ne sont plus très loin. Les maisons en pierre, les roches noires s’enfonçant dans la mer, les ardoises sur les toits, les clochers en pierre, les quelques petites collines qui vous mettent au défi. Seul le nombre incalculable de moutons et les drapeaux nous rappellent que nous sommes en Irlande. Le temps d’un dernier tête-à-tête avec James Joyce à Dublin, rencontré quelques mois plus tôt à Trieste. Le temps de voir les derniers amis sur le chemin à Limerick et Cork. Le temps de boire quelques Guinness, afin de savourer la fin.

L’embarquement dans le ferry à Cork sonne le clap de fin. L’horizon gris offre une page blanche qui nous laisse entrevoir le passé. 11 500 kilomètres de bitumes et de chemins de terres, 323 jours loin de la Bretagne, au moins 800 heures les fesses sur un vélo. Que diable j’ai fait subir à mes jambes ! Pour réaliser une idée folle. Je ne saurais dire combien de chevaux, de vaches ou de moutons j’ai croisé, combien de chiens m’ont couru après, combien de voitures m’ont klaxonné, combien de collines j’ai grimpé, combien de regards j’ai croisé, combien d’enfants m’ont salué, combien de kilos de pâtes j’ai mangé, combien de personnes j’ai rencontré. Je ne saurais dire…

Chaque coup de pédale a laissé une trace sur les routes d’Europe. La France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Slovénie, la Croatie, le Monténégro, l’Albanie, la Grèce, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, la Slovaquie, la Pologne, la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie, la Finlande, la Suède, le Danemark, l’Allemagne, le Pays-Bas, la Belgique, les Royaume-Unis, l’Irlande. Vingt-cinq pays qui ont chacun le droit à sa petite histoire, les bons moments comme les galères gravés dans chaque pavé du continent, gravés dans les souvenirs.

Entre délivrance et nostalgie, on va pouvoir reprendre un rythme de vie normale, sans se soucier d’où on sera le lendemain, sans devoir faire sa valise presque tous les jours, sans raconter à chaque nouvelle rencontre les vingt-cinq pays qu’on vient de traverser, sans réfléchir à combien de jours il me reste avec des caleçons propres.

Je ne saurais dire combien de personnes je dois remercier, qui m’ont hébergé, aidé, soutenu ou suivi en vélo. Grâce à beaucoup d’européens, j’ai pu mener mon rêve jusqu’au bout. Avant le vélo ne m’était qu’un outil d’entraînement, il est devenu un fidèle compagnon. Soif d’aventures et de rencontres, je suis parti à travers l’Europe avec cette idée de comprendre qui on est, de comprendre où l’on vit. Produit de la génération Erasmus, je suis parti afin de me convaincre que malgré nos différences, on reste des individus avec les mêmes préoccupations : avoir une vie prospère. Pendant dix mois, j’ai traversé une Europe contrastée, tiraillée entre l’espoir d’une vie meilleure et l’ignorance de la misère. Je ne saurais dire combien de SDF j’ai croisé dans les rues, où mon regard impuissant croisait leur regard rempli de désespoir. D’un autre côté je ne saurais dire combien d’hectares de terrains de golf j’ai longé.

Je ne saurais dire combien de personnes accueillantes j’ai rencontré, désireuses d’un monde meilleur et de paix, vivant dans l’ivresse du partage. Je ne saurais dire combien de personnes j’ai rencontré, soucieuses de leur bien-vivre, méconnaissant les besoins de l’autre. Je ne saurais dire combien de personnes j’ai rencontré gardant la foi de lutter, et combien de personnes ont baissé les bras. Je ne saurais dire.

Dans une Europe où chacun est fidèle à ses croyances, ce n’est pas un monde divisé que j’ai traversé, mais des mondes parallèles qui parfois s’entrechoquent ou alors s’unissent.

Au-delà de la compréhension de l’Europe, ce voyage avait sa petite touche différente. Pourquoi s’emmerder à voyager en vélo alors qu’il existe les transports en commun aujourd’hui ?

Un jour je tombe sur une de ces fameuses conférences gesticulées de Franck Lepage, qui conclut avec les mots de Christiane Faure : « L’ardeur ça compte, non ? Ça ne compte pas ? ».

Après un long questionnement, l’ardeur ça compte en effet. Cet effort que l’on met en œuvre pour atteindre ses buts. L’effort subit qui donne de la valeur à nos actions. Se faire mal, suer et persévérer. Le voyage et les rencontres prennent une toute autre ampleur. L’ardeur afin de savourer le voyage, de sauter de joie sur le vélo quand on atteint Athènes, Budapest ou autre. Souffrir pour mieux apprécier le présent, pour mieux savourer le cadeau que l’on s’offre. L’ardeur, cette force qui nous ne fait rien lâcher. Une valeur trouvée à ne pas oublier, au retour dans le monde du confort.

 

L’horizon se découvre au loin, le crépuscule peut clore cette journée de sa splendeur naturelle. L’heure du dernier baroud a sonné. Lundi 18 juillet 2016 refermera ce long chapitre d’une vie, rempli d’événements et d’émotions. De Roscoff à Dinan, l’heure des derniers coups de pédale vers la délivrance, des derniers coups de pédale pour digérer ces derniers mois, des derniers coups de pédale pour retrouver ses proches. L’heure du dernier coup de pédale pour clore la fin d’un rêve devenu vrai.

 

Ça y est, je l’ai fait… »

La Manche
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Irlande
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