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De Dinan à Santiago de Compostella
Du 1er septembre au 28 septembre 2015
L'Europe sans cap, le grand départ!
September 3, 2015
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Enfin ! Le Tour d’Europe est lancé, même si je ne m’en rends pas encore compte... Après un an de préparation, le départ a eu lieu le premier septembre de Dinan, comme prévu, et me voilà aujourd’hui à Nantes. J’en profite pour remercier le comité de départ de Dinan, le comité d’accueil de Rennes, et celui de Nantes !
Pour mon dernier jour dans les terres bretonnes, il est temps pour moi de lancer le site "Europa Sin Rumbo" (qui signifie l'Europe sans cap), et de vous partager les moments insolites qui défileront ces 10 prochains mois. La plupart du site sera diffusé en français, et la partie « ESN Trip » en anglais, afin qu’elle puisse être diffusée dans tout le réseau européen Erasmus Student Network, désolé pour les non-anglophiles, mais je ne pense pas avoir le temps de traduire.
Au revoir terres bretonnes, et encore merci à toutes les personne qui m’ont soutenu pour ce projet, et qui, vous avez raison, est un peu foufou.
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"Allez le Breton!"
September 9, 2015
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Neuf jours déjà écoulés et 770 kilomètres au compteur, plus que 292 jours à pédaler !
Neuf jours, le temps de dire les derniers au revoir aux amis, et d’en revoir d’autres non revus depuis longtemps. Le temps des premières rencontres spontanées et des premiers échanges autour du vélo et des voyages. Le temps d’entendre sur la route les premiers «Vive la Bretagne ! » ou « Allez le Breton ! ». Le temps de traverser les vallons bretons, les champs à perte de vue du Pays de la Loire, les ports d’Aquitaine, les vignobles girondins et les étendues de pins des Landes.
L’occasion également de prendre l’un des cinq seuls transbordeurs au monde à Rochefort ! Bien que ce soit un total hasard, puisqu’aucun pont à quinze kilomètres aux alentours ne permet de traverser la rivière. Le temps également de se faire offrir le premier cadeau par un bouquiniste de Saintes, le spleen de Beaudelaire. A-t-il voulu me transmettre un message par ce cadeau, la contemplation du vide, de l’absence ou partager mes moments de solitude avec Beaudelaire, ou tout simplement, le bouquin ne se vendait pas ? Que sais-je ?
Enfin bref, le beau temps est au rendez-vous (il faut bien avouer qu’il fait plus chaud qu’en Bretagne), les jambes ont un petit coup de mou, mais le moral est là ! Neuf jours pour traverser la France du Nord au Sud. Demain, l’Espagne me voilà !
A suivre…
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Une journée, galère? Il en fallait bien une...
September 11, 2015
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Il en fallait bien une… Oui, il en fallait bien une étape comme celle-ci : Biarritz - Zarauts.
Dès l’aube, tout frais et de bonne humeur, me voilà parti pour traverser la première frontière, l’Espagne ! La douleur à la cuisse s’en est allé, bien que je ne puisse pas rouler à l’allure habituelle. Cependant, il y a des jours comme ça, où tout s’enchaîne.
Qui dit passer la frontière dit :
Au revoir les belles pistes cyclables de la vélodyssée, bonjour les montagnes et les nationales.
Le GPS veut absolument que je prenne les nationales, afin de les éviter me voilà parti ici et là dans les petits chemins. Le problème en Espagne ; il n'existe pas plusieurs routes qui mènent à Bilbao, mais une autoroute ou une nationale. Malgré cela je me lance vers les petits tracés blancs du GPS (censés dire que la route est à peine pratiquée). En effet ! J’ai compris pourquoi elles étaient peu pratiquées.
Me voilà lancé dans un chemin de montagne, la douleur à la cuisse revenue, je décide de la finir à pied, c’est à ce moment que je croise une personne du coin:
« - Dis-moi, tu connais le chemin ?
- Non, du tout.
- Tu sais que la suite est encore pire, elle monte à 20% et même 25% sur une partie.
- Non ! (imaginez ma tête s’assombrir d’un coup).
- Tu n’as plus qu’à la pousser la machine.
- Oui, oui, je n’ai plus qu’à … »
Et là je regarde son 4x4, je regarde mon vélo. Ça pourrait rentrer ! Me dis-je. Le basque, me regarde, me lance un sourire moqueur, et s’en va…
Après une heure de montée, une douleur à la cuisse amplifiée, me voilà reparti direction Bilbao. A la fin d’une longue journée, je trouve enfin un camping à Zarauts, plage de surfeur, où encore une fois, il fallait monter une côte à 15%-20%...
La tente est montée, enfin un repos bien mérité après 80 kilomètres parcourues! Enfin presque…
Le tube de lessive s’est percé dans le sac, les vêtements sont aspergés de produit, dont la serviette (ce qui signifie pas de douche dans l’immédiateté)… La nuit tombe dans une heure, de la pluie est prévue dans la nuit, comment faire ? Une heure pour essayer d’enlever le produit à l’eau, impossible de tout retirer. Hallelujah ! Une machine à laver et un sèche-linge se trouver pas loin. Je trouve 5 € en monnaie pour la lessive. Enfin! Je vais pouvoir me poser. Enfin presque… L’étape du sèche-linge approchant, la pièce de deux euros a disparu… Obligé de retourner à la tente chercher un billet pour acheter des cacahuètes (ultra chères !) pour avoir de la monnaie. Encore une dépense inutile…
Une fois l’affaire finie, je retourne à la tente, je commence à comprendre que l’endroit où ils m’ont installé était à côté du bar où se passait la fiesta… Sans doute ils m’ont catégorisé comme jeune et donc un potentiel fêtard, mais le soir-là , mon corps en est incapable !
Il est minuit, levé depuis sept heures, le dîner enfin mangé. Je me pose loin de toute nuisance sur la pointe. Les montagnes qui s’enfoncent dans l’océan, au loin les lumières de la ville dirigées vers la plage, l'océan qui déroule ses vagues en toute tranquillité. Un paysage magnifique.
Oui, c’est bien pour ça que j’ai eu envie de voyager, des moments uniques qui effacent tout ce qui a pu se passer dans la journée. Des galères oui, mais ça en vaut la peine !
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Avis de tempête!
September 23, 2015
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« Avis de tempête ! » Et oui ! Deux semaines de voyages, et déjà des circonstances exceptionnelles !
Le 11 septembre je traverse ma première frontière, et tous les codes qui changent avec… Au final, les routes nationales sont moins dangereuses que les routes régionales et les espagnols respectent beaucoup mieux la distance d’un mètre cinquante que les français, premier préjugé brisé !
Enfin bref, après avoir traversé les montagnes basques (avec au passage un cycliste me dépassant me disant : - Bretón ? – Si. – Bien!»), longé les magnifiques côtes de l’Atlantique, croisé des centaines de pèlerins, échangé quelques mots avec les basques du coin dans les villages de passage et passé trois jours de repos à Bilbao, (super bien accueilli par l’équipe ESN du coin !), tout allait pour le mieux jusqu’à … L’arrivée de la cyclogenèse…
Je ne savais pas ce que c’était, personne ne l’a vu venir et me voilà obligé d’arrêter mon parcours à 50 kilomètres de Bilbao dans un village paumé : Islares. Le genou qui va de plus en plus mal, je m’arrête dans le seul bar ouvert du coin prendre un café en attendant que le vent se calme, si dieu le veut ! Une fois mon café fini, un habitué débarque et demande un café. Pendant ce temps je regarde les infos qui annonce que c’est une cyclogenèse venant du sud (j’en déduis que c’est une tempête) et qu’elle durera trois jours… Mon objectif d’arriver à Santander dans la journée s’amenuise grandement. L’habitué du café me regarde, voit mon genou gonflé et soudain se met à m’ausculter ! Il me pose plusieurs questions, me fait enlever ma chaussure, me tâte le pied, puis mon dos, m’explique plusieurs théories, me donne des sachets de sucres roux puis s’en va… Était-il kiné ? Était-il médecin ? On ne saura jamais…
Une heure et demie plus tard, je tente tout de même de gagner 10 kilomètres. Au bout d’un kilomètre j’arrive à l’estuaire qui s'élance vers le nord, des rafales en continue énorme m’empêche d’avancer, je tente à pied, je recule à chaque rafale… Me voilà bloquer à Islares, impossible de camper, donc obliger de prendre un hôtel. Le lendemain, j’attends midi avant de me lancer vers le défi de l’estuaire de l’extrême ! Le vent est moins fort, mais obligé de le traverser à pied. Hallelujah ! Le pont est traversé, je peux enfin me lancer vers Santander. Les rafales restent puissantes, la concentration est au maximum sur le vélo, à l’écoute du moindre bruissement de feuille, à l’affût du moindre mouvement des arbres qui annonceraient l’arrivée d’une rafale dans la centième de seconde, la ballade n’est plus une partie de plaisir, mais je garde le cap vers Santander, jusqu’à ce que la tempête se calme vers 15h.
Le lendemain mon genou et la tempête ont raison de moi, repos obligatoire. Je décide de prendre le bus pour rejoindre Avilés en Asturies, et me reposer une semaine chez Carmen, la « madre de todo Europa ». Me voilà plonger dans une famille espagnole, avec des repas énormissimes ! Leurs entrées ressemblent à nos plats principaux… Calamares en su tinta (calamares cuits dans son encre), des cachopos (une sorte de cordon bleu mais avec deux steaks au lieu du jambon), les poulpes fris, les immenses desserts, et j’en passe… Une semaine pour rattraper tous les kilos perdus ! Et pour résumer les dialogues d’un repas espagnols, (surtout avec les grands-mères) :
« - C’est bon ?
- Oui très bons !
- Reprends-en d’autres alors.
- Non merci c’est bon je suis bien.
- Mange je te dis.
- Non, non c’est bon, merci.
- Mais si mange ! regarde comment tu es maigre !
- Ok d’accord. »
Et hop ! Me voilà à manger pour six à chaque repas…
Enfin bref, Carmen m’emmène partout, le médecin, le kiné, les bars (qui retransmettent la coupe du monde de rugby !), les plages, etc… Pour le genou il s’avère que c’est un épanchement de synovie. Le kiné, surnommé Coqué (surnom pour Joaquin) admiratif de mon Tour d’Europe, en parle à tous ses patients. Il me remet d’aplomb et en prime, m’offre toutes les séances !
Remis à neuf, me voilà prêt pour reprendre la route ! Le temps s’annonce bon, cap sur Santiago de Compostella puis Portugal !
A continuacion…
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La fin de la Terre, et après?
1er octobre 2015
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Un mois s’est écoulé déjà ! Plus que neuf… Un mois déjà très riche de moments uniques, d’émotions, de galères surtout de bonne humeur. Si les neuf prochains mois ressemblent à celui-ci, je signe tout de suite ! (Même si c’est déjà signé).
Me voici à Vigo, en Galice chez nos amis celtes (qui selon une fille d’ici, serait un mensonge total !), les jambes qui retrouvent leurs pleines sensations et les genoux qui ont retrouvé une forme normale.
Le mois est assez dur à résumer, car énormément de rencontres et de scènes inédites. Cependant Il a été marqué par ce « Camino de Santiago ». « Buen Camino ! » me répétaient les espagnols, je me disais qu’ils étaient sympas ici, mais en faites non (enfin si, ils sont sympas) mais ils ont juste l’habitude de voir énormément de pèlerins, et « Dios mio ! », je ne pensais pas en voir autant ! Plus on s’approche de Santiago, plus le chemin ressemble à une fourmilière. Tous ces randonneurs qui se multiplient au fur et à mesure qu’on approche de la destination finale. Certains font 40 km la journée, d’autres le font plus tranquillement à 20 km la journée. Mais le chemin n’est vraiment achevé lorsqu’on arrive à la fin de la Terre, c’est-à -dire le phare de Fistera, le Finistère espagnole (et oui les espagnols ont un Finistère aussi, avec la même météo !).
En effet, quand on arrive à Finisterra, après il n’y a plus rien, pas d’horizon, un grand mur blanc, c’est la fin. La fin d’un long périple, la fin d’une longue remise en question, la fin d’une lutte avec son corps. La tradition veut que l’on brûle ses chaussures sur le dernier cap, le début d’une nouvelle vie et d’un éternel recommencement.
Enfin pour moi, ce n’est que le début, sauf qu’à partir de maintenant je ne ferai plus partie de la catégorie des pèlerins (bien que ce fut un total hasard, je pensais juste parcourir le nord de l’Espagne).
Le chemin de Santiago, c’est la rencontre des solitaires. A l’arrivée à Fisterra, je croise un pèlerin allemand, Michael, qui erre sans savoir où aller, comme moi :
« - Tu vas où comme ça ? me demande Michael.
- Je ne sais pas, vers la droite, je longe la côte.
- Moi aussi, à voir ce qui se passe par là . »
Comme à chaque rencontre, on parle de nos vies, de nos projets et surtout, pourquoi on est là ?
On croise un autre pèlerin, Tchèque cette fois. Michael l’avait déjà croisé auparavant sur le chemin. Puis le Tchèque suit sa route. Errant sur les rochers, on croise un abuelito* qui ramasse les étoiles de mers :
« - Pourquoi vous ramassez ces étoiles de mers ? C’est pour les manger ?
- Non, ça prolifère ces machins-là , je les ramasse avant qu’ils nous mangent. »
Une réponse qui nous laisse sceptique, et il reprend :
« - Vous savez, depuis quelques années ça change ici. On voit des animaux qu’on ne voyait jamais avant. Les animaux sont perdus, désorientés, que ce soit en mer ou dans les airs…
- La faute au changement climatique ?
- Ah oui, ce changement climatique, et ces politiques qui ne font rien. Quand tu vois l’autre idiot de Sarkozy qui vient en Catalogne, il n’a pas autre chose à faire, et cette Merckel… On est dans un monde de fasciste je vous dis. »
Cette discussion nous laisse à court de réponse, puis le vieux poursuit son chemin gardant son ton fataliste. Puis nous poursuivons notre chemin :
« Tu sais, me dis Michael, on n’est pas dans un monde de fasciste, mais nous vivons dans une économie malade, très malade. Merckel ne peut pas y faire grande chose, ce sont ces personnes invisibles et qui ont plein d’argent qui nous dirige. C’est contre eux qu’il faut agir, et aussi ces marchands d’armes…
Tu sais, mon futur projet c’est d’aller ici et là , où les usines d’armes existent. Me poser devant, contempler ces usines et les décrire ou les photographier. Sans émotions, ni moral, ni commentaires, pas comme ces films hollywoodiens où l’émotion nous empêche de voir la réalité. Juste relater ce qui se passe. La bêtise humaine est là , nous fabriquons des armes et les vendons, ce n’est pas pour les garder dans un musée, c’est pour tuer. Ce n’est pas logique. »
Après de longues tirades, nos chemins se séparent, suivant les envies de chacun et reprenant nos habitudes de solitaire.
Des habitudes de solitaire qui nous amènent dans des scènes inédites par la suite. A la recherche d’un bocadillo* pas cher et surtout éviter les cafétérias à touriste… Me voilà arriver dans un endroit assez éloigné, une toute petite cafétéria avec quatre personnes en terrasse :
« - Excusez-moi, vous vendez des bocadillos ici ?
- Bien sûr cariño* ! tu veux quoi ? Jamon, tortilla…
- Tortilla, s’il vous plaît. »
Les quatre assis à la terrasse rentrent dans le bar et me disent :
« Viens ! Installe-toi avec nous ! Tu tombes à pic, la serveuse va nous faire un concert privé ! »
Me voilà accueilli chaleureusement par les galiciens. Je me retrouve avec un bocadillo avec plus de tortilla que de pain « Tiens finis la tortilla cariño. », me dit la abuelita*. Elle nous offre les moules toutes fraîches du port et nous nous mîmes à écouter attentivement les chansons de Laura de Fistera en privé.
J’espérais vivre des moments ainsi, me voilà servi ! En espérant que ça continue ainsi.
A continuacion…
*Abuelito/abuelita = grand-père/grand-mère
*Bocadillo = sandwich espagnol
*Cariño = chéri
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