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De Trieste à Athènes

Du 1er Janvier au 21 février 2016

Un nouveau voyage dans l'aventure

Publication : 8 février 2016

Cinq mois déjà ! 6000 kilomètres au compteur et la moitié du parcours déjà écoulé. Il est dur de saisir le temps car les jours défilent à toute vitesse. « El tempo vola » Comme je disais dans l’article précédent.

Enfin ! Enfin j’ai passé la frontière grecque. Ce cinquième mois ressemble à un nouveau départ, un nouveau voyage dans l’aventure. D’abord pour les différences culturelles beaucoup plus marquées qui nous dépaysent totalement. Mais surtout, parce que rien ne s’est passé comme prévu. Que de nouveaux obstacles tous les jours ! Je ne sais pas si je peux tout vous lister, mais cela a commencé avec les caprices de la météo croate, dont les routes étaient fermées à cause de la neige, ou bien les hébergements réservés en ligne, qui sont en réalité fermés, ou tout simplement ne répondent pas à la porte. Mais aussi le chauffage urbain qui n’existe pas dans les Balkans, d’où un rhume qui est apparu. Quand ce n’est plus la santé qui pêche, c’est la mécanique du vélo qui s’enraye. Quand la mécanique va un peu mieux, c’est la technologie du GPS qui fait des siennes. Enfin bref, beaucoup d’imprévus !

Un sentiment de frustration m’a suivi tout du long de ce séjour hivernal. Et pour cause, plus je reste dans un pays, moins j’aurai le temps de voir les autres. J’ai dû rester environ une semaine de plus en Croatie, cinq jours de plus en Albanie. Je voyais déjà dans ma tête, une partie de la Roumanie sauter, le trajet Athènes – Thessalonique à faire en bus, et voir l’opportunité de voir Vienne et Brno s’amenuir.

Enfin bref, même l’expression « that’s the deal » que j’emploie à répétition n’avait plus d’effet sur le mental. Quand on y pense, l'expression est dénuée de sens.

Et puis, sur la route j’ai repensé à ce prof de dessin au collège, ou d’« art plastique » disait-on, Monsieur Chapelain. Dans cette longue méditation « pédalistique », je me suis souvenu d’un jour, j’avais fait cette rature sur mon dessin, je m’en voulais ! Je le croyais gâché et voulais en recommencer un autre. Mais M. Chapelain reprit mon dessin et me dit : « Une rature, ce n’est pas très grave, il peut être repris » Il commence à dessiner à partir de cette rature, pour au final finir mon dessin (J’avais eu une bonne note au passage !) C'était vrai, la rature ne se voyait plus. Enfin si, je la voyais, parce que je savais où elle était. Mais si on regardait l’ensemble, on ne s’en apercevait pas.

La rature était donc le départ d’une nouvelle idée, d’une nouvelle manière de voir la fin. La rature devient notre alliée afin de parvenir à une nouvelle fin. Étonnant que ce cours de dessin m’en ai plus appris sur la vie, que la plupart des matières à l’école. Une transmission de savoir à l’insu du plein gré de M. Chapelain ? Étonnant également, que cette image enfouie au fin fond de la mémoire, me soit revenue à l’esprit.

Enfin bref, me revoilà reparti sur les chemins menant à Athènes. Les galères qui m’ont ralenties, font dorénavant parti de mon dessin en cours. Après cette longue réflexion, je me rends compte que l’expérience reste tout aussi riche, voir même encore plus. Sans elles, je n’aurai peut-être jamais vu les endroits que j’ai découverts, je n’aurai peut-être jamais rencontrés les personnes que j’ai connues, je n’aurai peut-être jamais su les nouveaux savoirs que j’ai appris. « Les événements sont liés comme les maillons d'une gourmette dans l'implacable » disait Jacques à son Maître.

Enfin bref, dans ce nouveau tableau en cours, dont les maillons s’ajoutent un par un sur la gourmette du Temps, plusieurs nouveaux épisodes sont à l’œuvre. De la frontière Croate aux scènes bucoliques d’Albanie, il y a tout de même beaucoup d’histoires à raconter !

 

 

L’innocence de la génération Schengen

13 février 2016

Premier janvier, départ d’une nouvelle année, départ d’une nouvelle aventure. Plus qu’un symbole ! Choisir le nouvel an pour dire mes adieux aux pays latins et me lancer vers les pays des Balkans n’est pas un hasard. Pour être honnête, je voulais surtout éviter le mauvais temps qui s’annonçait le lendemain.

Au revoir Trieste, au revoir cet espoir de comprendre une langue étrangère. De Trieste à Patras, je n’ai pas de connaissances à rencontrer sur le chemin. Je me lance ainsi vers l’inconnu, l’avenir éclaircira le chemin.

Les pays slaves des Balkans, ce sont des cultures qu’on n’évoque rarement en France, hormis quand j’avais entre 5 et 10 ans, on parlait d’une guerre en Yougoslavie, dont je n’avais jamais réellement compris les intérêts ni les causes. On y devine de multiples montagnes et une langue incompréhensible. A quoi pourrait ressemblait un Croate ? Grand, les épaules larges et cheveux rasés ? Une Croate ? Grande, svelte, le visage fin et le cheveux bruns ? Peut-être. La seule image de Croate que j’ai en tête sont les sportifs, comme Mario Ancic ou Ivan Ljubicic des joueurs de tennis ou bien cette championne d’Athlétisme Blanka Vlašić, ou nos frères ennemis du handball et leur star Ivano Balić, et bien sûr cette équipe de football menée par David Suker, dont Lilian Thuram n’a fait qu’une bouché lors de la demi-finale victorieuse de la coupe du monde 1998. Il faut l’avouer, les sportifs sont des ambassadeurs de leur pays, et sont bien plus connus que leurs dirigeants politiques.

Pour atteindre la Croatie de Trieste, il faut traverser la Slovénie. Une petite heure a suffi. Trois pays en une seule journée alors que j’en ai fait quatre en quatre mois !

Mais le passage de la frontière slovéno-croate m’a donné une sensation étrange. La barrière était ouverte, je passe l’air de rien, comme d’habitude. Sauf que cette fois, un policier surgit derrière moi. Contrôle d’identité en vélo le jour du nouvel an, peu commun pour les douaniers d’ici sur cette route perdue dans les montagnes.

A vrai dire, je n’avais aucune idée de ce que peut être une frontière autre que naturelle. Hormis à l’aéroport, où l’on passe une porte, ici ce sont des kilomètres de barbelés qui s’enfonçaient dans les forêts montagneuses afin de délimiter la frontière entre la Slovénie et la Croatie. Sûrement un de ces murs érigés contre le flux migratoire de la crise Syrienne.  

Drôle de sensation, de se faire contrôler. L’innocence de ma génération née dans l’espace Schengen. On ne mesure pas réellement la chance de pouvoir se balader librement entre les pays, ici on érige des murs, même un ours ne le franchirait pas. Également on se rend compte de la valeur du passeport français, et par conséquent de la diplomatie française. Franchir la douane d’un pays est aisé pour nous. Que ce soit en Croatie, au Monténégro ou en Albanie cinq minutes de contrôle, un visa délivré et hop ! La barrière s’ouvre. Tandis que les autres voitures continuent à faire la queue.  

 

Bref, première étape des pays Balkans, Rijeka, grande ville portuaire, et premier imprévu. Arrivé à l’auberge que j’avais réservé en ligne, personne ne répond… Il faut alors se lancer dans la recherche d’une nouvelle auberge dans un pays où on ne sait dire que : bonjour, merci, au revoir…

Enfin bref, l’habitude fait qu’on ne tarde pas trop longtemps à trouver de nouvelles solutions. Deux heures plus tard le problème est résolu. Le temps de croiser un autre breton de Paimpol, cette grande diaspora Bretonne ! Ensuite on peut enfin savourer sa douche et son dîner l’esprit tranquille. Mais je ne savais pas encore que cet imprévu était le premier d’une longue liste…

 

Nastavlja se

 

 

"Ce sont les Balkans ici, tu n'as pas peur ?"

Publication : 15 février 2016

Une longue liste d’imprévus, en effet ! Après un jour de repos, je suis de nouveau prêt à partir. Mais j’avais oublié les caprices de l'hiver. Les routes de la côte sont bloquées par la neige. Que faire ?  « Tu n’as pas de chance, juste avant que tu arrives, on avait un super temps. » Me dit la réceptionniste de l’Auberge. Les bretons et leurs tendances à se promener avec leur météo…

Un, deux, trois, quatre jours… On commence à tourner en rond à Rijeka, il n’y a pas grand-chose à faire. Mais ça me laisse le temps de m’acclimater à la culture croate et de reprendre les bonnes habitudes : faire son linge, allez chez le coiffeur, faire les courses. Le supermarché ! Pas si facile de faire les courses quand on ne comprend pas la langue, comment reconnaître une eau gazeuse ? L'espace d'un instant, je me rends compte que je suis la seule personne à secouer les bouteilles au rayon eau...

Puis un jour, Hallelujah ! Les prévisions météos prévoient une légère hausse de température, on devine que la neige aura fondu. Il est temps, je me lance !

Pour rattraper le retard, je tente Rijeka – Zadar en deux fois. Après coup, ce sont sûrement les deux étapes qui m’auront demandé le plus de ressources mentales. 220 kilomètres de vent de face, de pluies, et de montées raides… « C’est relativement plat. » M’avait sorti un collègue Croate d’ESN Rijeka. Je pense qu’il n’a jamais vu la Belgique !

A la fin de la première étape, j’arrive dans un petit village au bord de mer, Stinica. La nuit tombe, je suis trempé jusqu’aux os et bonne surprise, l’hôtel que j’avais réservé en ligne est fermé…  La malédiction de la réservation en ligne continue.

Par chance, je croise une dame qui promène son chien. Elle me présente ensuite à son mari, et son fils. J'ai compris par la suite que c'étaient les seuls habitants du village. Le fils, qui est étudiant, devient le traducteur de la famille. Daniel, le père, me trouve un toit pour la nuit (qui m’a coûté très cher : un clic-clac, sans chauffage, ni cuisine…), puis m’invite à boire le thé et manger des pancakes fait maison. La cinquantaine et la bonne bedaine, Daniel aime ironiser sur lui-même : "Daniel, c'est un prénom français, j'avais la cote avec mon prénom auprès des filles à la discothèque ! Mais maintenant..." Il me montre son ventre en riant pour me faire comprendre que les temps ont changé. Daniel est surtout un grand pessimiste sur l’avenir et surtout à propos du complot machiavélique que les américains opèrent sur le Monde. L'épisode de Paris arrive forcément dans la conversation. Même si je ne suis pas Parisien, je représente symboliquement et à mon insu cette France qui a subi les attaques de novembre dernier.

Comme toutes les personnes que je croise lors de mon voyage, ils me prennent pour un fou, mais leurs multiples questions me font déduire qu'elles restent fascinées par le projet. Puis, dans la conversation Daniel me demande : « Tu n'as pas peur ? Ici, ce sont les Balkans tu sais. » Me dit-il en montrant du doigt les montagnes. Que diable existe-t-il dans ces Balkans ? Pour en avoir peur. Au jour d'aujourd'hui je ne sais toujours pas à vrai dire. L'étape de l'Albanie ne le rassure pas non plus, mais je ne sais pas vraiment pour quelles raisons. J'en déduis que ces peurs résultent de cette guerre de Yougoslavie qui a eu lieu il n’y a pas si longtemps. Ou bien hors de l'espace Schengen, les slaves n'ont pas l'habitude de naviguer entre les pays, ainsi l'ignorance de l'autre génère de la crainte. Multiples hypothèses qui resteront sans réponse.

Enfin bref, ces "étrangers" ne doivent pas être si méchant, si on part à leur rencontre.

Après une nuit très courte, je repars donc vers Zadar sous un temps orageux. On verra bien si Daniel a raison...

 

 

1950? Ça signifie quoi?
Publication : 19 février 2016

Le séjour à Zadar a été plus long que prévu, encore une fois. La pluie Croate devient une invitée du voyage de plus en plus encombrante. Le temps pour la curiosité de jeter un œil sur ce fameux « Sea organs ». Une des innovations étranges de l’architecture moderne, et dont je n’aurai eu aucune connaissance sans ce Tour d’Europe.

Enfin! La pluie se lasse et me laisse l’opportunité de poursuivre ma route vers Split. Sur les routes de Dalmatie du sud, des graffitis attirent mon attention : 1950 Torcida. L’esthétique n’est pas le point fort des tags, mais il est souvent l’expression d’un mécontentement et l’indicateur d’un mal être d’un pays ou alors tout simplement l'expression d'une fierté identitaire.

Que signifie cette date 1950 ? Je recherche dans les tiroirs de la mémoire tout ce qui peut se rapprocher à 1950. Rien… L’indépendance de la Croatie ? 1992. Révolte contre l’Union soviétique ? Pas à ma connaissance. Fondation de la Yougoslavie ? Non plus…

Erreur ! La réponse ne se trouve pas dans l’Histoire, ni dans la politique. Il s’agit ici de football ! Bien sûr ! Le football. La Torcida est le club de supporter du club Hadjuk Split. Les marins Croate, fascinés par l’ambiance des clubs de supporters au Brésil, ont voulu ramener cet esprit au pays. Vous l’avez compris, la fondation de ce club de supporter a eu lieu en… 1950.

Dans beaucoup de pays, le clivage dans le football résulte souvent d’un clivage dans la société. Comme le disait notre cher Norbert Elias (amis de tous les STAPSiens*) : « La connaissance du sport est la clé de la connaissance de la société ». Je n’oserai pas mettre le sport à ce point en avant, mais il est vrai que le sport peut être un bon indicateur.

Hélas ! Le sport et ses vertus, mais aussi ses vices… Les adhérents de la Torcida de Split sont loin d’être des enfants de chœur. A l’époque de la Yougoslavie, l’ennemi commun était Belgrade, mais aujourd’hui c’est une guerre fraternelle entre Split et Zagreb. Les matchs Split – Zagreb sont des matches sous haute tension, où les hooligans s’en donnent à cœur joie. Peu importe le résultat du match, ce qui compte, c’est le nombre d’arrestations.

Ces tensions reflètent la fissure qui est en train de se créer entre le nord et le sud de la Croatie. Au nord, ce sont « les voleurs » qui taxent le Sud pour seulement construire au Nord. Et au sud, ce sont « les fainéants », qui se dorent les orteils au bord de la Méditerranée.

Il est vrai que l'expression favorite du Sud est "Pomalo...", qui signifie "Tranquille...". Mais aussi j’ai pu constater lors de ce séjour hivernal, quelque chose qui aurait pu m’être très utile : le chauffage urbain! « Ils ont construit des chauffages urbains à Zagreb, mais ici on attend toujours. » Me dit une réceptionniste de l’auberge de Dubrovnik.

Encore une querelle Nord – Sud… Mais qui croire ?

Une chose bien vraie, on oublie souvent en France la chance d’avoir le chauffage urbain! Ici c’est une habitude à prendre, quelques couches de vêtements en plus, ça ne fait pas de mal.

 

*STAPSiens : Etudiants en STAPS (fac de sport)

 

 

 

L'Albanie, un monde bucolique

Publication : 6 mars 2016

Après un passage furtif du Monténégro, Albanie, me voilà !

 

L’Albanie, la grande inconnue de ce voyage. Un pays pauvre qui souffre d’une mauvaise réputation dans les Balkans, je ne sais pas pourquoi… « Tu n’as pas peur ? » Me rétorquait Daniel l’autre jour. Sa phrase résonnait toujours dans ma tête et je franchissais la frontière avec appréhension. Que pouvait-il bien avoir de l’autre côté de la frontière ?

 

Le passage de la frontière ne fut pas des plus banales non plus. Souvent Monsieur Schengen me faisait évoluer tranquillement d’une frontière à l’autre, sans choc culturel, me laissant voir le changement petit à petit entre les régions.

Non, à la frontière Monténégro-Albanaise, le changement est radical ! Comme si cette ligne dessinée sur une carte empêche l’interculturalité : le monde slave versus le monde albanais.

Après le franchissement de la douane, me voilà entré dans un monde bucolique. Durant le séjour je faisais attention aux voitures comme d'habitudes, mais aussi aux vaches, aux chevaux, aux moutons, aux ânes ou aux poules que je croisais à la sortie d’un virage. On y croise aussi Fernandel et sa Marguerite au bord des routes, ou bien des vaches en train de faire la queue devant une épicerie.

J’ai encore l’image de ces centaines de moutons qui me barraient la route sur un pont. Il n’y plus qu’à attendre patiemment que tous les moutons franchissent la rivière. Rien ne presse.

 

Enfin bref, à chaque coup de pédale, les préjugés se détricotent. Dans ce pays en majorité musulman, je suis le seul barbu. A Shköder, la ville où le vélo est roi, mon vélo est le seul cadenassé… Puis on se rend compte que ce n’est pas qu’un pays musulman où le muezzin te réveille à six heures du matin. Des Grecs, Romains, Croisés catholiques, Ottomans, Orthodoxes, Vénitiens, Italiens... Tout le monde s’est invité dans ce petit pays qui donne à l’Albanie une très grande richesse culturelle. Et aussi une langue dont on ne connaît pas les origines.

Malheureusement, la pauvreté est criante ici. Cependant elle est compensée par la gentillesse et l’accueil des Albanais. En même temps il doit être peu commun de voir débarquer un vélo et une remorque sur leurs chemins.

 

Après la chute du communisme, deux Albanies se dessinent sur mon trajet. Non pas le Nord et le Sud (bien qu’elle existe également !) mais le monde rural et la ville. Dans le monde rural, la vie paraît paisible et respectueuse des terres. Le monde urbain,lui, est en plein développement. Le développement ne veut malheureusement pas dire l’esthétique… De grandes avenues, des tas de cubes en constructions au détriment du littoral, des bidonvilles qui se créent aux alentours, des rivières de sacs plastiques et une occidentalisation qui arrive à grand pas...

 

A Vlorë, je rencontre Iris, propriétaire d’une Auberge de Jeunesse. La particularité des auberges en Albanie est qu’elles ont une ambiance chaleureuse et laissent toute place à la spontanéité. Pas question de réserver ici !

Iris fait tout pour que je me se sente bien et a bien remarqué que j’étais fiévreux à mon arrivée. Seul client de l'auberge, tous les matins il venait à 8h me faire une petite omelette, il essayait de me faire un feu le soir pour compenser le chauffage qui n’existe pas ou me trouvait des remèdes pour guérir mon rhume. Sûrement cet esprit albanais que j’apprends à connaître au fur et à mesure.

 

Iris voit l’avenir en grand. L’ouverture de l’Albanie vers l’Europe lui donne beaucoup d’espoir pour son pays. A l’époque Il travaillait dans un hôtel haut de gamme. Puis il a décidé de lancer sa petite entreprise, une auberge de jeunesse. Depuis la chute du communisme, l’Albanie voit de beau jour devant lui et le gouvernement s’ouvre enfin aux pays de l’Occident. Là où j’y vois un piège, Iris n’attends que ça. Les immeubles en construction s’empressent sur le littoral : « ils ont agrandit le port afin d’y accueillir des bateaux de croisière, les touristes étrangers vont nous amener beaucoup d’argent. » L'horizon n'avait plus de limite pour lui. Il m’expliquait déjà les futures rénovations de son auberge, afin d’accueillir au mieux les prochains voyageurs ou la future autoroute qui allait finir à quelques mètres de son auberge. De très bonnes augure pour ses affaires.

Malheureusement je ne voyais pas ce tourisme du même œil. Le résultat aujourd’hui pour la Croatie est décevant. Les lieux touristiques dans le sud de la Croatie ont atteint des prix excessifs par rapport au niveau de vie Croate. Même pour moi le « français », c’était cher. On se demande alors à qui profite le tourisme de consommation.

 

A quoi ressemblera l'Albanie dans dix ans? Espérons que l’Albanie ne commettra pas la même erreur que leurs voisins et sauront rester un pays accueillant et spontanée.

 

"T'inquiètes pas, tout ira bien"

Publication : 8 mars 2016

Durrës – Vlorë, une nouvelle longue étape de plaine de 120 kilomètres. Facile pourrait-on penser. Cependant l’intuition depuis quelques jours n’était guère au beau fixe. Elle osait me dire : « S’il devait y avoir un problème avec le vélo, ce serait dans la campagne perdue en Albanie. » Ça n’a pas loupé… Plus qu’une intuition, c’était aussi un calcul logique dont l’hypothèse était : « 5000 kilomètres de vélo au compteur et toujours aucun problème. Ça ne va pas tarder… »

Je ne connaissais pas le diagnostic encore, mais la transmission était morte, je ne peux plus rouler comme jadis, la chaîne saute à chaque coup de pédale sur la deuxième couronne, que faire ? C’est la couronne que j’utilise principalement en plaine ! Je sors de l’autoroute afin de trouver une solution (oui parfois l’autoroute est l’unique chemin…).

L’Albanie a un avantage, même perdu en pleine campagne, il y a toujours une vie quelque part, on ne se retrouve jamais isolé. C’est alors que les jeunes, les ados ou les vieux viennent à ta rescousse et essaie de trouver une solution pour t’aider. Mais rien y fait, le problème persiste. En bidouillant un peu, j’arrive à atteindre la ville de Fier sur la troisième couronne, au grand dam de mes genoux. Le lendemain j’atteins Vlorë à faible allure, impossible de forcer sur les pédales.

Trois jours d’acharnement sur mon vélo à étudier tous les conseils mécaniques sur les forums internet. A force de répétition, on devient un vrai mécanicien ! Cependant j’ai dû m’y résoudre, le problème ne venait pas du dérailleur mais bien de la chaîne, des pignons et des plateaux. Et oui 5000 kilomètres à tracter une soixantaine de kilos plus mon poids, ça use.

Comment faire ? Comment trouver quelqu’un avec du matériel de qualité à Vlorë ? Après plusieurs allers et venues dans la ville, je tombe sur un mécanicien qui ne paie pas de mine au premier abord. Un peu comme toutes les boutiques dans les villes d’Albanie, son atelier est grand ouvert sur la rue. Bien sûr, il ne parle pas anglais. Il me dit alors : « Italiano » ?

Je réponds que oui (mon séjour en Italie m’aura été très utile !). Il siffle dans la rue, et un jeune débarque vers nous, il me traduit en italien les questions du mécano. On se retrouve ainsi dans ces scènes atypiques à mimer les scènes pour se faire comprendre.

Problème, il n’a que du matériel de marques chinoises… Je refuse en sachant que ça ne durera que quelques kilomètres. Alors le mécano appelle quelqu’un au téléphone. Dix minutes plus tard, voilà son fils qui débarque en mobylette. Il étudie le vélo, retire les plateaux et s’en va avec sur sa mobylette…

Le père me fait signe de la tête, l’air de dire : « T’inquiètes pas, tout ira bien. » Cependant je n’étais pas totalement serein. Intérieurement je me dis : « Vous êtes en train de toucher à mon bébé tout de même ! ». Mais en relativisant, j’ai toujours pu faire confiance aux albanais jusqu’ici. Alors j’attends.

J’avais entendu dire auparavant qu’il y avait une sorte de marché noir qui vendait plusieurs pièces de vélo dans la ville, il a dû sûrement aller là-bas. Pendant ce temps-là je faisais la conversation avec un autre jeune qui s’était invité à la chirurgie du vélo. Il avait vécu toute sa jeunesse en Grèce où il avait étudié, d’où sa connaissance de l’anglais. « Tu sais ici, il n’y pas d’avenir pour les jeunes. On gagne assez d’argent pour se nourrir, mais pas plus. » Me disait-il. Il séjournait en Albanie en attendant que les papiers se fassent. Il espérait aller au Danemark, où il avait trouvé un filon pour y habiter avec sa copine. J’aurais aimé l’aider, mais je ne suis d’aucune utilité, je peux seulement espérer que ses rêves se réalisent.

Voilà le fils en mobylette de retour. On essaie deux types de pièces (de meilleure qualité cette fois !) pour voir laquelle correspond le mieux. Mais remplacer la chaîne et le plateau ne suffisent pas à régler le problème, donc il repart dans son marché chercher des pignons. Trois heures de chirurgie au total !

Le fils en mobylette aussi aspire à l’exode. Sa femme vit à La Roche-sur-Yon avec ces enfants, il espère les retrouver un jour et être mécanicien en France me disait-il. « Inch’Allah », je peux uniquement souhaiter le meilleur à ces albanais croisés sur le chemin.

Mon vélo remis à neuf, je reprends la route le lendemain à l’attaque du mont « Çika », mille mètres d’ascension encore une fois.

En haut de ce mont, une étrange sensation. Sur la carte de mon GPS, on pouvait apercevoir le talon de la botte de l’Italie. L’intense brouillard m’empêchait de voir l’horizon.

Pourquoi cette étrange sensation ? Un mois plus tôt, j’étais sur l’autre rive avec Daniela, Marco, ma sœur et mon neveu. A la tombée de la nuit, on observait la mer, le ciel, l’horizon qui allait devenir un grand ensemble noir uni. Daniela me disait : « Tu vois juste en face, c’est l’Albanie. Les jours de beau temps, on peut l’apercevoir. Certains disent même qu’on aperçoit les phares des voitures la nuit. »

Un mois plus tôt, j’étais là-bas, debout, à me projeter dans le futur. J’imaginais cette grande inconnue qui était l’Albanie, à quoi elle pourrait ressembler.

« Ça y est, j’y suis en face ! » Le présent à rattraper le futur. Après tant d’épreuves, je suis enfin de l’autre côté. L’imaginaire est devenu réalité, l’inconnue étant devenue la somme des expériences vécues. Je peux respirer profondément, savourer un instant le présent et réaliser l’ampleur de ma folle quête de l’Europe. Le moment de se dire : « Ça en vaut la peine ! »

L’heure tourne, je dois laisser le présent et le passé sur place. Direction la Grèce, vers de nouveaux horizons…

 

L'auberge grecque

Publication : 10 mars 2016

Le séjour en Albanie finit, bienvenu au pays de la feta et de la Sirtaki : la Grèce !

 

Une fois la frontière Albano-Grecque franchie, on se sent… Bête. Pour la deuxième fois de ma vie, je suis analphabète. La première fois à ma naissance, et maintenant dès que je me retrouve devant un panneau grec. Alors on se prend pour ces archéologues déchiffrant les hiéroglyphes. On essaie de comprendre une nouvelle écriture, un nouveau langage et sans aucun doute, une nouvelle manière de pensée.

 

Quelques jours plus tard, j’arrive enfin à Patras, une ville discrète et paisible, coincée entre la montagne et la mer. Les chemins vous y emmènent progressivement de la campagne à la ville, sans réel choc urbain.

J’y retrouve Theodoros, une connaissance du réseau ESN (Erasmus Student Network), qui m’accueille dans son humble demeure.

« - Combien de temps tu veux rester. Me dit-t-il.

- Trois, quatre nuits. Lui dis-je, sans vouloir trop l’embêter. 

- Ok pas de problème. »

Au final, aux aléas de plusieurs circonstances, j’y suis resté dix jours… On se sent vite chez soi à Patras !

 

Chez Théo, c’est l’auberge Grecque, tout le monde est le bienvenu, n’importe quand, peu importe qui tu sois. Dans son salon, tu croiseras toujours des nouvelles personnes. Parfois elles sont là pour une heure, deux heures, une nuit, plusieurs jours… Chacun a ses habitudes, on s’adapte aux besoins de chacun. Une vraie vie spontanée en collectivité. Il n’y a pas de rythme de vie non plus. Oublions le petit-déj à 8 heures, le déjeuner à 12 heures, le dîner à 19 heures. Quand la majorité commence à avoir faim, on commande des Pitas. Peu importe l’heure, à 16 heures comme à 3 heures du matin. Le rythme de vie répond aux besoins immédiats de la collectivité. Besoin d’organiser une soirée anniversaire? Viens chez Théo il y aura assez de places pour tout le monde. L’esprit Grec sans doute ?

 

L’autre aspect de la Grèce, c’est la gratuité. L’université est gratuite, les manuels universitaires sont gratuits (même si ça coûte 100 €), le restaurant universitaire est gratuit, le ferry est gratuit, les monuments d’Athènes sont gratuits pour les étudiants ! J’en passe...

La fraude dans les transports en commun n’existe pas non plus. Si le contrôleur passe, tu paies ton billet de train à l’intérieur (1 € le train…). Sans aucun doute, le partage et la confiance font partie intégrante de la culture Grecque.

 

Les mauvaises langues diront que cela explique la Crise. Un raccourci facile, qui fait oublier les réelles origines de la Crise mondiale et de l’Euro. Dans les pays où tout est payant, les crises sociales ne sont pas pour autant résolues. Voir même, les inégalités sociales se font encore plus ressentir…

 

Un esprit Grec, qui fait renaître l’espoir d’une société accessible à tous et d’une communauté où le partage prime sur l’individualité. Un esprit grec que l’Union Européenne est en train de réduire à néant... « On étouffe ici, l’austérité nous mets une pression qui nous permet plus de respirer. » Me dit un grec lors de mes premiers jours sur leurs terres.

 

Mais les Grecs ne se laissent pas faire ! Sur la route je croise des immenses rangées de tracteurs, symbole des fermiers en colère. Le jour de mon arrivée, une énième grève générale qui aspire à un meilleur avenir.

 

Pourquoi essaie-t-on de mettre tout un peuple à genou ? On nous l’explique souvent par de grands mots savants incompréhensible pour la plupart des gens et on avance l’évidence d’une grande complexité économique.

 

A la rencontre de ces Grecs, une chose est sûre, ils valent bien mieux que d’être considérés comme les nouveaux esclaves de l’Europe.

 

Quand Sophocle est votre guide

Publication : 12 mars 2016

Ma monture laissée au repos à l’Auberge, je m’en vais voguer dans les ruines antiques d’Athènes, marque indélébile du passé. Le soleil est d’humeur estivale, bien que le calendrier indique l’hiver.

 

Dans la colline de Pnyx, je trouve enfin un endroit où me poser près du théâtre Dora Stratou, loin de toutes ses nuisances citadines et des rugissements de moteur. Parfait lieu pour se concentrer sur ses cartes postales !

Soudain, surgit des buissons un homme avec une toge, barbu, d’un air innocent. Il s’installe à ma table de pique-nique et me regarde avec insistance. Sa présence me perturbe, je fais semblant d’être concentré sur mes cartes et de ne pas faire attention à lui. Mais l’inspiration s’en est allée dès que son regard s'est dirigé vers moi. La curiosité de le regarder me ronge, et finalement je craque. Au moment où nos regards se croisent, il me sort : « Connais-toi toi-même ». Un blanc s’installe, puis il s’en va. Cette intrusion soudaine dans mon intimité me laisse perplexe et sans voix.

 

« Ah mais oui, tu as croisé Platon ! » Me dit Sophocle, un des bénévoles d’ESN Athènes (Erasmus Student Network) qui m’a accueilli sur ses terres. « Ne fais pas attention à lui, il est un peu fou tu sais. » En y repensant, c’est vrai qu'un homme qui se balade en toge, ce n’est plus très courant aujourd’hui.

« - Il a été possédé par les visions de son maître, Socrate. Il nous parlait de démocratie.

- De quoi ? Lui demandai-je.

- De démocratie mon cher ! Un état dont le pouvoir appartiendrait au peuple. Hahaha ! » Il se mit à rire durant de longues secondes, non loin de s’étouffer, puis reprit :

« - Haha, démocratie, qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre ! La sagesse a voulu qu’on enferma Socrate dans une grotte de la colline du Pnyx. Pauvre Socrate... Ses délires surréalistes commençaient à corrompre nos jeunes cerveaux. Ça devenait un danger pour nos amis. Depuis la mort de son maître, Platon erre dans la nature, il a peu à peu perdu la boule. »

Étranges, ces Grecs…

 

A l’auberge Kallimarmaro où je dormais, je rencontre un autre gaulois. Enfin ! Cela faisait bien longtemps que j’en avais plus croisé sur mon chemin. L’occasion de pouvoir parler notre belle langue. Pierre il s’appelait. Il ne me fit pas très bonne impression à vrai dire. Encore un de ces gaulois arrogant et moralisateur, en prime, misogyne. Il me parlait d’un de ses rêves : remettre au goût du jour les Olympiades : « Aux Jeux olympiques, le rôle des femmes devrait être surtout, comme aux anciens tournois, de couronner les vainqueurs. » Encore un de ces Aristotes qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez : Monsieur « DE » Coubertin s’il vous plaît.

Aristos je voulais dire ! Excusez-moi pour la faute…

 

Par Zeus ! Je reçois un appel de Sophocle qui m’invite à manger une moussaka sur l’Acropole. J’ai enfin une excuse pour me congédier de Pierre et sortir de ces discussions sur le sport sans fonds et inintéressantes.

Après une bonne douche froide, je rejoins donc mon cher ami Sophocle en bas de l’acropole. Il m’invite dans cette taverne : le Parthénon. Sophocle ne m’avait pas prévenu, mais nous rejoignions une grande tablée, pour une « Greek party » d'ESN. On s’installe alors à table autour d’une bonne cervoise et vin illimité. Autour de la table, il y avait un homme qui aimait se montrer. Non pas Narcisse, mais un prénommé Hercule. Il prétend être un demi-dieu, quel melon celui-là ! Il nous raconte ces douze travaux, c’est sûr il ne manque pas d’imagination. Combattre un individu mi-homme, mi-cheval, centaure disait-il. Sa mythomanie m’a presque persuadé que ses contes fussent vrai… Il y avait Achile aussi, il avait un talon avec l’épée disait-on. Il nous racontait une histoire avec un Cheval de Trait qui aurait Persée dans le Proche-Orient, quelque chose comme ça. Je n’ai pas compris son histoire à vrai dire.

 

Dans la bande des ESNers, Il y avait un nommé Ulysse. Il revient d’un très long périple me dit-on. Il en a des histoires à raconter! Il paraîtrait qu’Homère Simpsons ait reprit son histoire dans des livres.

Aujourd’hui, fini les aventures pour Ulysse ! Il se repose à Télémaque maintenant. Cependant il passe son temps à promouvoir la mobilité internationale à travers ses contes. A côté de lui, il y a cette femme, Pénélope, d’une beauté Grecque ! Souvent, elle lève la tête vers le ciel, les paupières à demi-fermées montrant son cou longiligne qui lui donne une élégance incomparable.

« - Hahahaha ! Ria fort Sophocle quand je lui parlais des femmes grecques. Ce n’est pas de la sensualité mon ami. En Grèce on hoche la tête vers le bas pour dire oui, et vers le haut pour dire non.

- Tu es en train de me dire, que depuis le début je prends des râteaux ?

- Ça en a bien l’air mon ami. »

Après cette désillusion cruelle, je remarque Pierre le gaulois sur une autre rangée.

« - Que fait-il ici ? Demandai-je à Sophocle

- Pierre le gaulois? il est en Erasmus ici, un programme d’échange européen. C’est la welcome week en ce moment tu sais ?»

Erasmus ? Celui qui écrivit l’éloge de la folie serait dorénavant un échange européen ? Peut-être bien que les Erasmus sont fous…

 

A l’autre bout de la table, il y avait deux acolytes, Varoufakis et Tsipras.

« Ne fais pas attention à eux. Me dit Sophocle. Surtout Varoufakis, c’est un clown. Lui aussi croit en une démocratie « européenne » ! Haha. » Et il ria encore plus lus fort.

Cependant ce personnage m’intrigue. Qu’a fait ce Varoufakis, pour être considéré comme un clown?

« Il croit en une nouvelle Europe, me dit Sophocle. Mais personne ne l’écoute là-haut. Alors il essaie de faire son petit bout de chemin tout seul. Mais il nous donne mauvaise impression tu sais. »

Je ne pus m’empêcher d’aller lui parler. Il avait l’air d’être intéressant dans ces propos. Utopiste, mais l’espoir fait vivre !  Varoufakis me dit alors : « L’oxygène qui permet de faire vivre le fascisme, c’est le manque d’espoir. » … Il n’a pas forcément tort ce Varouf’.

Six heures du matin, il est temps pour moi de rentrer et de me congédier de ce sympathique Sophocle. Ils ne rigolent pas ces Grecs, on part juste manger une moussaka et résultat, on est couché à l’aube…  

Sur la route du retour en train de digérer peu à peu la cervoise qui est en moi, je recroise l’homme en toge, Platon.

Il m’interpelle et, comme à son habitude, me dit une seule phrase : « La vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue. »

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