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De Thessalonique à Varsovie
Du 21 février au 16 avril 2016
Chacun fait sa petite part...
Publication : 20 avril 2016
Après l’histoire mêlant fiction et réalité, pendant un instant je retrouve pied sur terre pour vous conter la suite !
Dans un tour où le leitmotiv est de prendre son temps, paradoxalement le temps s’accélère. A croire que le Temps se joue de nous afin de ne pouvoir le saisir. Les pays sont plus petits, donc on les traverse de plus en plus vite, passant d'une culture à l'autre en voyant l'évolution des architectures et du paysage.
Dans un temps accéléré, il est dur de prendre du recul quand on est la tête dans le guidon. Vous racontant l’Albanie, j’étais déjà en Roumanie. Vous racontant la Grèce, j’étais en Bulgarie, et maintenant pour vous raconter la suite jusqu’à Varsovie, me voilà bloquer dans une petite ville en Lituanie à cause de violentes rafales, à Marijampolé.
Varsovie est déjà quelques jours derrière moi, ressortant de l’un des moments incontournables de mon voyage, l’un des piliers autour duquel le Tour d’Europe se rythmait : l’AGM d’ESN. Traduction : L’Annual General Meeting d’Erasmus Student Network. Deuxième traduction, l’Assemblée générale des 500 Associations d’ESN de toute l’Europe. Une fourmilière de neurones en fusion débordant d'idées pour le futur d'Erasmus.
Ces réunions sont souvent riches d’émotions. La preuve que la jeunesse européenne est en action. Souvent animé par notre propre expérience Erasmus, chaque jeune contribue avec ces petites mains à la construction de l'Europe de demain, en voulant améliorer les conditions d'accueil des prochains bénéficiaires d'Erasmus + et en voulant semer la graine du voyage chez les autres afin de favoriser la rencontre vers l'"étranger". Une petite contribution dans le grand défi qu'est l'Europe, mais chacun fait sa petite part, chacun mène son petit bout de chemin, même si peut-être, on n'en verra pas la fin. Car dans sa multiplicité les choses deviennent grandes, on espère voir un jour une Europe à laquelle on croit, une Europe tolérante et accueillante, une Europe qui respecte chacun comme il se doit. En sortant de ces événements, on en ressort revigoré, plein d’espoir, et dix milles projets pour les années à venir.
Revigoré dans le sens mental, car physiquement on est épuisé. On peut compter les heures de sommeil du week-end AGM sur les doigts de la main…
Enfin bref, cette AGM vient conclure l’épopée d’Athènes à Varsovie. Là où le mental est au plus haut après Varsovie, il était arrivé au plus bas à Athènes. Un long chemin vers la recapitalisation des ressources mentales...
Laukite tęsinio*...
Au revoir Méditerranée
Publication : 21 avril 2016
Thessalonique, dernière étape de la Grèce. Le temps d’un énième bilan personnel, le temps de prendre conscience des réels buts de ce voyage, même si je n’ai pas encore réponse à toutes les questions. « Un an de voyage équivaut à dix ans de thérapie » un breton me dit l’autre jour à Kosice (encore un breton). Là où certains choisissent Saint-Jacques de Compostelle, d’autre la Mecque, j’avais choisi inconsciemment Athènes. Berceau de la philosophie, berceau de la démocratie.
Au dernier crépuscule rougissant l’horizon, il est temps de quitter la côte afin de s’enfoncer dans les terres. Au revoir les Balkans qui m’ont donné du fil à retordre, au revoir les méditerranéens, dont la spontanéité fait toujours chaud au cœur, au revoir crépuscule qui n’épousera plus la mer pour enchanter les fins de journée.
Fin février, cela fait déjà six mois que je roule. Six mois de rencontres, six mois de bonnes surprises, six mois de galères, six mois d’effusions neuronales…
Mais en arrivant à Athènes, je n’ai plus le courage. Pas de doute, l’hiver est bel et bien une saison pour hiberner. Bien que la forme physique tient le coup, ce sont les ressources morales qui s’épuisent. Je revois encore cet allemand que j’ai rencontré à Shköder en Albanie, qui prenait un mois de break. Je l’enviais !
Je n’ai plus le courage d’affronter le vent, plus le courage d’affronter la pluie, plus le courage d’affronter la route. Le constat est certain, il est temps de faire une pause. Par forcément du repos, mais une coupure, digérer toutes les émotions, ne plus penser au vélo, vivre le voyage autrement.
C’est décidé ! Je prends mes trois semaines de congés payés.
D’Athènes à Cluj-Napoca, en passant par Thessalonique, Sofia, Plovdiv, Bucarest et Fagaras (tout en faisant un crochet par Lyon, longue histoire…), le voyage prend un nouveau visage. Le défi pendant ces trois semaines sera de voyager en train et bus avec : un vélo…
Au revoir Méditerranée, au revoir la mer, au revoir le Sud. Dorénavant cap vers le Nord, le temps de retrouver les ressources.
Συνεχίζεται…
La poésie de la campagne
Publication : 27 avril 2016
Nouveau départ, on prend ses clics et ses clacs, et hop ! On part en vacances. Après Thessalonique direction Sofia. Le temps de traverser une nouvelle frontière fermée. Non pas la douane cette fois, mais les fermiers grecs en colère qui barraient la route avec une… poubelle.
La Bulgarie signifie également : un nouvel alphabet, cyrillique cette fois-ci. Autant dire que dans une station de bus, où personne ne parle anglais, c’est très difficile de trouver l’information. Le dessin finit souvent comme l’ultime solution afin de se faire comprendre (et je dois améliorer mes talents artistiques pour dessiner un vélo...).
Une fois de plus, la diaspora Bretonne se confirme. En allant dans notre premier bar à Sofia avec des colloc’ de chambres de l’auberge (Nantais ! Bretons ou non, à vous de juger), on tombe sur… Un barman Breton, Lorientais, pas de doute cette fois.
Ce break fait incontestablement du bien moral et donne à la fois une sensation assez étrange : l’ennui.
En effet, on ne pédale plus. De Sofia à Bucarest jusque Cluj-Napoca, on s’ennuie vite. Ce n’est pas tellement ces trois villes en elle-même, mais les villes en général. Voyager de ville en ville, on perd le charme du pays. On ne le découvre plus. Toutes les grandes villes se voulant cosmopolites, s’universalisent et deviennent répétitives. Les repères sont vite trouvables, le centre-ville historique, les rues pour la fête, et les centres commerciaux où l’on retrouve à coup sûr Mac Donald, Burger King, Zara, Intersport, Bershka et j’en passe… Une pression tel qu’on a l’impression que ces enseignes nous suivent jusqu’à nous forcer de consommer.
Au secours sortons de là !
Ce constat donne tout le sens au voyage. Après trois semaines de pause à voyager de ville en ville par transport en commun, je retrouve la joie du vélo. Sortir loin des villes à la rencontre de l’Europe. Je comprends pourquoi je suis assez fou pour me donner tant de mal tous les jours et enquiller sept heures sur un vélo jusqu’à avoir mal aux fesses. Partir loin des villes pour comprendre un pays, le territoire, les gens.
Partir loin de la ville pour avoir la chance de découvrir la nature. La ville ne surprend plus, mais la campagne nous réserve ses surprises. La nature garde son charme poétique, surtout à l'aube du printemps. Une chouette hongroise vous suit du regard, le peuple migrateur vous survole, les cygnes dansent sur les lacs, les cigognes font leurs nids, les aigles planent au-dessus de vous, les corbeaux vous rappellent Hitchcok, les biches fuient vos roues, les élans s’élancent près de vous jusqu’à vous couper la route… On vogue entre les hautes vallées du nord de la Hongrie, entre les vallées forestières au couleur d’automne de la Transylvanie, on franchit les monts de pins slovaques, on s’aventure dans l’ordre des forêts polonaises, on survole les étendus de champs prêts à être labourés. On entend le printemps se réveiller, les oiseaux chantent, les bourgeons pointent le bout de leur nez. L’hiver finit, le printemps renaît, l'humeur pédalistique est de retour.
L'Europe de l'Est, le Renouveau
Publication : 13 mai 2016
Bien que les villes se ressemblent, celles de l’Europe de l’Est sentent le renouveau. De la Bulgarie à la Pologne, les stigmates du communisme sont encore présents. Les avenues larges des villes, les larges routes qui traversent les pays, même dans les villages. Des immeubles imposants, qui nous font sentir tout petit. Des piliers en forme d’humains dominés qui supportent le poids des institutions…
Le régime communiste n’est pas si loin en effet, seulement une vingtaine d’années derrière nous. Quand on ose croiser le regard des vieux, au visage ferme et tiré par les rides du temps, on s’imagine une autre époque. Dans leur regard profond, on ressent la dureté d’une époque méconnue. On s’imagine leur vie avant la chute du mur de Berlin. On y voit la dictature violente du Ceaucescu en Roumanie, on y voit la terreur d’un régime soviétique au cœur froid. On s’imagine le film « Goodbye Lenine », et le grand décalage qu’ils doivent ressentir depuis ces deux dernières décennies. Bien que l’imagination soit dopée par la culture occidentale, on se dit que la vérité ne devait pas être très loin.
Aujourd’hui, les choses changent. En Roumanie un ministère anti-corruption se lance dans une sorte de grande purification du pays. La chasse à la fraude est intense en Roumanie : « les gros poissons tombent un par un » me dit une connaissance de Cluj. « Cependant ceux qui écrivaient des livres en prison avait le droit à une de réduction de peine. Alors tout le monde s’est mis à écrire ! ».
Les temps changent en effet, certains pays sont sur la bonne voie, d’autres moins…
Pour les jeunes de mon âge, la génération qui n’a pas connu le « temps soviétique », il existe un goût de renouveau. Un sentiment de fraîcheur, une génération tournée vers l’avenir. Dans les villes comme Cluj, Budapest, Kosice, Cracovie ou Varsovie tout est bon à renouveler. Les bâtiments, les maisons, les terrains qui appartenaient à l’époque à l’Etat, sont aujourd’hui des biens privés. Les gens sont libres de se les approprier, la jeunesse laisse parler la créativité. Dans l’esprit de la mode Berlinoise, un parking peu devenir un bar, un carton une table. Dans les porches de la ville, on peut s’y aventurer. On y trouvera un coiffeur, une boutique, et à l’étage un bar réaménagé dans les styles les plus farfelues. Rien n’est indiqué, il faut connaître les lieux pour le savoir, ou être de nature curieuse.
Un passé si proche, mais la page semble belle et bien tournée. Ne pas oublier le passé, mais allez de l’avant, l’Est connaît aujourd’hui une génération du renouveau.
La Hongrie, les galères reprennent!
Publication : 14 mai 2016
Après cette pause de trois semaines, c’est la joie de retrouver la route, la joie de l’ardeur va être mis à rude épreuve !
Pourtant, tout commençait bien hormis le vent de face. Le sud de la Hongrie c’est… Plat. Avec les ponts comme uniques collines et « clochers comme uniques montagnes » comme nous disait Brel. La Hongrie pays du vélo ? Pas de doute, même à la douane frontalière, il y a une voie spéciale vélo !
Après sept mois de vélo, le scepticisme reprend sa place. Le pays du vélo ? Il doit y avoir anguille sous roche… Le scepticisme n’avait pas tort. Au bout d’une vingtaine de kilomètres la piste cyclable longeant l’autoroute se termine… La seule alternative, la route nationale qui est interdite au vélo… Les galères commencent. La Police hongroise n’a pas l’air très commode, donc on essaie pas de jouer au foufou.
Le rideau s’ouvre, c’est l’heure des péripéties hongroises ! On se retrouve embourber dans des chemins de campagnes boueux, s’imaginant Paris-Dakar et essayer de trouver une solution pour sortir le vélo de là. Un autre jour, on suit aveuglément le GPS et on se retrouve soudain devant une route inondée…On prend alors son courage à deux mains (ou deux pédales !) et le vélo-terrain devient un vélo tout-marin. Une fois l’épreuve franchie ! Quelques mètres plus loin on se retrouve devant une rivière, cette fois infranchissable… Un transbordeur est sur l’autre rive, l’espoir renaît ! Une, deux, trois… Trente minutes d’attente, aucun signe de vie. On a beau crier dans le silence de la forêt, rien… Le froid et la pluie refroidie le corps, que faire ? Demi-tour oblige, avec vent de face pour couronner la déception…
Cependant, sur la route on peut faire de bonnes rencontres. Un jour, un hongrois me suit en bicyclette (la Hongrie est incontestablement un pays de vélo) et me fait la conversation. Enfin un monologue en hongrois. Par expérience, c’est très hongrois de vous faire des monologues et de ne rien comprendre, mais ce n’est pas grave, ils vous auront parlé. Sans doute un lien avec leur hobby pour le théâtre, très populaire ici.
Suite à ce monologue, le hongrois à vélo me sort : « Palinka ? » Enfin un mot que je connais ! Mais dont la signification me fatiguait déjà d’avance : l’eau de vie du coin. Je sais que je serai mal poli de refuser, alors je le suis jusque sa demeure. Il me présente sa maison, très modeste et sa remorque pour vélo qu’il s’était fabriqué. Allez hop, Egészség ! Et c’est reparti pour 40 km de routes…
Malgré la vision négative que l’on a de l’extérieur d’un point de vue politique, les hongrois sont accueillant. A la recherche d’un logis un jour de galère, un hongrois me voit peiner. Il vient à moi et me trouve un logement pas cher pour la nuit.
Le nord de la Hongrie c’est une autre histoire. Après sept mois, on prend de l’assurance, on se lance et on se dit qu’on trouvera bien un logis sur la route, et puis les Hongrois m’aideront. Mais le positivisme n’est pas le meilleur ami de l’aventure. Au bout de 100 kilomètres, il est temps de chercher un logis, surprise, rien aux alentours… Chaque étape est calculée par rapport au coucher de soleil, mais l’imprévu fait partie du voyage, donc on essaie d’arriver une heure avant le crépuscule, et donc avoir 20 kilomètres de joker au cas où. Cependant, dans le nord Hongrie c’est la nature… 40 kilomètres étaient nécessaires pour atteindre le premier hôtel. Les nuits sont encore très froides, que faire ? Il n’y a plus qu’à expérimenter, rouler dans les bois de nuit…
Une psychanalyse? Plaît-il...
Publication : 5 juin 2016
Grâce à un collègue d'ESN, Jean-Seb, j'ai pu laisser mon vélo chez lui à Budapest et m'autoriser une virée autobusienne : interlude à Vienne !
Dans les entrailles de l’empire Austro-hongrois, je me laisse guider dans ses rues montrant la puissance du XIXème siècle. Aux aléas du voyage, je me retrouve sur un divan, questionné par un certain Sigmund, rue Bergasse. Sigmund est un personnage fort étonnant, il ne pose que des questions. Quand on lui pose une question, il répond par une question. Il est fort ce type.
« Vous préférez Freud ou Lacan ? » Première question qui me laisse pantois. Je réponds au hasard :
« - Freud.
- Bonne réponse ! » Me rétorque-t-il.
Chose étonnante, sur le Divan on se lâche. Et on raconte notre vie à un inconnu… « - Et puis j’ai rencontré ce Franz, il prétendait parler italien. Ça se voyait que non !
- Que vous a-t-il dit ?
- Andato…
- Ne serait-ce pas Schubert que vous avez rencontré ?
- Qui ?
- Schubert, un pianiste du coin.
- Peut-être. » Ça me faisait une belle jambe de le savoir me dis-je.
« - Puis il y avait aussi cet homme, il se présenta à moi en se nommant Mozart, il fit un bout de chemin avec moi. Il avait un rire très bizarre, niais pourrait-on dire, il n’inspirait pas l’intelligence.
- Monsieur Benoit, je dois vous faire comprendre une chose. Ce que vous êtes en train de me raconter n’est pas la réalité, Mozart et Schubert sont morts il y a des lustres. Mais pour une modique somme supplémentaire, on peut commencer l’analyse de vos rêves.
- Est-ce vrai ce que vous me dites ? Non merci, la réalité est déjà bien assez compliquée à comprendre.
- Comme vous voulez, continuions.
- Puis un peu plus tard j’ai croisé cette usine, qui sortait tout droit du monde d’Alice.
- Je vous rassure, cette usine est bien réelle.
- Ah oui ?... Enfin bref, et puis il y a ces trisomiques qui dansaient sur une place, ça m’a paru bizarre dans un pays d’extrême droite. Ceci devait être un rêve.
- Monsieur Benoit, l’Autriche n’est pas un pays d’extrême droite. Regardez les dernières élections nationales, ce sont les écologistes qui ont remporté le scrutin. Si vous me permettez de commenter.
- Non, mais vous venez de le faire.
- C’est vrai. Venons-en à votre traumatisme, pourquoi avez-vous choisi Mac Donald, pour votre premier repas à Vienne. Le premier Mac Donald de votre tour d’Europe m’aviez-vous dit.
- J’avais besoin d’une connexion Wifi, et la cuisine autrichienne n’est pas celle des plus exceptionnelle. En tout cas, la choucroute ne m’attire guère. Ça ne me faisait pas mal au cœur d’y aller.
- Quand vous dites mal au cœur, vous sentez une sorte de regret ?
- Huuuum, oui, un peu quand même.
- Comment ferez-vous la prochaine fois pour éviter ce regret ?
- Je ne sais pas, aller chez quick ? »…
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